Christian Gailly
Nuage rouge
L'écriture de Christian Gailly est intéressante et prenante du fait de sa rapidité. Les phrases s'enchaînent les unes aux autres dans une sorte de monologue à plusieurs voix. Le roman se déroule en deux étapes. Les anaphores sont le procédé adopté par l'écrivain, qui revient toujours sur ce qu'il vient de dire. Chaque faits est répétés, jusqu'à ce que l'on en arrive à une explication certes très implicite, mais une explication tout de même. L'histoire est simple mais troublante. Il s'agit d'un viol agrémenté par une tentative de meurtre de la part de la femme violée. Lucien, un fou attiré par les femmes, aide Rebecca Lodge qui est en panne d'essence au bord d'une route de campagne. En revenant de la station service, il l'entraîne dans un chemin, la viole, mais elle riposte et blesse violemment Lucien. C'est un homme dont on n'apprend l'identité qu'à l'extrême fin du roman, qui explique les faits. Ils s’attarde longuement sur sa situation personnelle, sur le comportement de Lucien, sur cette femme mystérieuse dont on apprend simplement qu’elle est amoureuse d’un marin décédé. La seconde partie du roman relate un voyage à Copenhague effectué par le narrateur afin de retrouver Rebecca Lodge et lui parler de Lucien qui est tombé amoureux de son agresseur. Là bas, il s’agit d’ennui, de brochure sur le pays, de déjeuners avec la jeune femme dont lui aussi tombe amoureux. Mais le narrateur ne servira pas son ami, et ne parlera que très peu de lui à Rebecca. A son retour, sa femme le quitte et il aide Lucien à se tuer. Mais celui-ci, lui en veut de ne pas avoir parler à Rebecca et le dénonce à la police. C’est alors que l’on apprend son nom : Sylvère Fonda.
Le récit est troublant. On ne sait jamais vraiment ce que ressentent les personnages. Une seule subjectivité est présente : celle du narrateur. Il met tout en oeuvre pour faire durer l’énigme, et pourtant aucune solution n’est apportée. Ce livre est à l’image de la vie, une énigme dont la clé n’existe pas. On ne peut contrôler ses sentiments, qui voguent au fil des rencontres et des mots.
« La parole, me disais-je, c’est comme la chance, il faut la saisir quand elle passe. »
Javier Moro
Une passion indienne
Résumé :
A l'heure où les anglais ont fait de l'Inde leur empire, Anita Delgado est l'objet de l'amour du rajah du Kapurthala, une des royautés de l'Inde. C'est à Paris qu'il l'épouse, et en fait ainsi sa cinquième femme. Anita, quitte alors son Espagne natale et part vivre dans l'état de son mari. La jeune femme refuse de vivre parmi les autres épouses de la zénana et jouit ainsi du luxe du palais de l'Elysée inspiré de l'architecture française. Le rajah, passionné de l'occident, voyage souvent en Europe avec Anita, il prend cette civilisation en exemple afin de faire de son état un modèle de progrès.
Rejetée par la famille du Rajah et les autorités anglaises, la jeune femme se sent terriblement seule, elle oscille entre deux mondes, mais est l'objet d'une grande admiration de la part des amis du Rajah.
Au fil des années, des réceptions et des voyages, Anita perd l'amour du Rajah, qui s'intéresse désormais à d'autres femmes. Désespérée, elle tombe amoureuse de Karan, le fils de son mari, le seul à avoir été serviable avec elle. Lorsque l'affaire éclate, c'est un véritable scandale qui voit le jour. Le Rajah, furieux, divorce et renvoie Anita en Europe avec son fils Ajit après 17 ans de mariage. Malgré cet affront, le Rajah restera ami avec son amour espagnole. Anita meurt en 1962.
Avis :
Ce livre plein de couleurs nous transporte véritablement au coeur de l'empire des Indes. On y apprend le fonctionnement des institutions britanniques et les fastes de la vie des Maharajahs. Des anecdotes sur ces rois nous sont livrées afin de nous montrer la démesure de leur vies et de leurs envies. A travers la vision d'Anita, on découvre une Inde faite de castes, de misère qui côtoie le luxe et les pierres précieuses. La Rajah, avide de nouvelles perspective nous amène avec lui dans ses voyages et ses envies de progrès. Mais à la fin de l'ouvrage, le monde change, et l'Inde également. Les Maharajah sont déchus de leurs trônes et l'Inde subit des bouleversements. On sort d'une réalité pour en épouser une autre, plus sombre et à la fois plus lumineuse pour les peuples : l'indépendance. [SIZE=7]
1- Poser ses mains derrière sa tête et regarder le ciel étendu dans l'herbe fraîche au beau milieu d'enfants qui jouent au crépuscule, un soir d'été, lorsque la lumière se fait plus orangée et que les oiseaux virevoltent autour des hommes dans la lumière du soir.
2- Suivre un inconnu dans une ville , jouer au détective, un appareil photo entre les mains et figer les instants d'autrui dans notre éternité à nous.
3- Regarder défiler par la fenêtre d'un train des paysages magnifiques qui nous rappellent ce que nous étions ou bien ce que nous voudrions être. Voir son reflet dans la vitre du tgv et se rendre compte que notre âme file à 300 à l'heure avec le vent dans les idées. Se rendre compte alors que tout est atemporel.
4- Rentrer le soir d'une dure journée et s'asseoir sur cette chaise que l'on aime tant, une tasse de café à la main et le regard perdu dans le vague de nos idées.
5- Glisser ses pieds dans des chaussons moelleux et avoir l'impression que notre corps n'est plus que coton.
6- Penser, la musique qui nous transporte au creux des oreilles, imaginer ce que l'on est pas et qu'on ne sera jamais, juste pour le plaisir de se dire qu'on aurait pu être cela un jour, qui sait.
7- Le voir, lui celui que l'on aime tant, dans nos rêves ou en réalité qu'elle importance puisqu'il est là maintenant blotti dans les bras de nos idées.
8- Fermer le livre et se dire que l'on a envie de le continuer, que plus rien n'a d'importance que le moment ou on le retrouvera ce soir.
9- Fermer le livre et se dire qu'il est fini à présent et qu'il ne subsistera désormais plus que dans notre imagination, tout au fond de nous-même. Et lorsque quelques années plus tard on le rouvrira, il aura toujours ce goût de la première fois.
10- Ouvrir une porte et ne pas savoir ce qui se cache derrière ressentir cette peur de découvrir quelque chose d'affreux et se retrouver face à ceux qu'on aime.
11- Aider quelqu'un parce qu'on en a réellement envie et voir le sourire de l'autre illuminer son visage.
12- Regarder par delà soi-même lorsque l'on est malheureux et se dire qu'à l'autre bout du monde des gens ressentent la même chose que nous.
13- Rire ou sourire parce qu'on est heureux et que rien en cet instant ne pourrait perturber notre bonheur.
14- Se souvenir que ce n'est pas ce qui est présent qui importe réellement mais ce qui un jour nous a rendu plus heureux.
15- Manger ce que l'on aime et regretter la dernière bouchée.
16- Marcher sans but errer avec nous-même pour seul compagnon de route. S'aventurer dans des endroits inconnus et s'émerveiller de ce qu'ils sont, et les aimer et ne plus jamais les quitter.
17- Avoir l'impression d'avoir déjà vécu cette scène, tenter de la capturer et la laisser s'enfuir comme elle est venue à nous, avec pour seule certitude l'envie que ça recommence.
18- Se dire qu'au bout du monde une autre personne ressent la même chose que nous, fait la même chose que nous, aime les mêmes choses que nous, imaginer que notre double pense aussi à nous au même instant que nous.
19- Glisser ses doigts dans un sac de blé, et sentir la douceur des grains qui glissent sur notre peau.
20- Rentrer dans une pièce où l'on a vécu, et se représenter ce que l'on était, revoyant des instants, des images et des gens, ressentir des odeurs et des sensations oubliées, se dire que c'est ça la vie, des instants figés au creux de nos souvenirs.
21- Atteindre le sommet et se dire qu'avant nous des hommes ont ressenti cette même plénitude. Regarder au loin de l'autre côté et s'imaginer ce qu'il y a après. Voir ce paysage devant nos yeux, dénudé, encore indompté par l'homme et se dire que finalement nous connaissons l'état de nature à cet instant précis où le temps nous fait oublier qu'on existe.
22- Se souvenir que nous courrions dans cette maison aux persiennes fermées. Entendre les cris que nous émettions alors et regretter notre enfance.